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Le Biomimétisme, un concept encore émergent

Le concept, qui a aujourd’hui une réputation internationale, désigne « la pratique selon laquelle on observe, on apprend et on reproduit le génie de la nature, tout ce processus qui évolue depuis maintenant 3,8 millions d’années », résume la biologiste américaine Janine Benyus, l’auteur du livre « Biomimétisme »*. « La nature fabrique des matériaux, elle produit et conserve de l’énergie, elle fournit de la nourriture, etc. Tout ce dont, au fond, nous avons besoin. Le tout sans polluer », s’émerveille cette scientifique qui aime à observer les miracles de la vie dans sa région natale du Montana. Aux biologistes, ingénieurs, agriculteurs, architectes, informaticiens, managers et autres donc de trouver les mécanismes qui permettent d’imiter ces process. Et c’est d’ailleurs ce qu’a été cherché dans les années 90 Janine Benyus lorsqu’elle a décidé d’écrire son livre. « J’avais un placard rempli de documents relatant les expériences diverses et variées de personnes qui, chacun dans leur spécialité, mettaient en œuvre ce principe. Ce qui est fou, c’est qu’il n’y avait pas de mot pour nommer cette discipline. C’est comme ça qu’est né le "biomimétisme"», relate-t-elle.

 

Imiter sans piller

 

Certes, la nature inspire depuis longtemps le monde scientifique et industriel, l’un des exemples les plus connus étant sans doute les ailes d’avion qui découlent directement de l’observation des oiseaux. Mais le biomimétisme va plus loin ; il demande à ce que nous utilisions toutes les astuces du monde vivant dans nos applications humaines, que ce soit dans nos techniques, nos technologies et jusqu’à nos modes d’organisation dans un but de durabilité. L’idée n’est donc pas de reproduire la nature à tout prix, en pillant les ressources naturelles, en transgressant les principes de la nature comme ces chercheurs américains qui ont injecté des gènes d’araignée dans une chèvre pour produire un lait filandreux capable de remplacer nos tendons ou ligaments, ou en utilisant de nombreux produits chimiques et une quantité importante d’énergie au cours de la fabrication, tient à préciser la biologiste.

 

Pour l’instant, toutefois, nous n’en sommes qu’aux prémices des applications industrielles. « Il faut bien comprendre que c’est un changement de paradigme complet et qu’il va donc falloir du temps pour que les entreprises mettent réellement en place le concept. Pour l’instant nous sommes au premier niveau du biomimétisme, avec un travail portant essentiellement sur la forme », explique Gauthier Chapelle, le co-fondateur de l’association Biomimicry Europa et du bureau d’études Greenloop. Si des grandes entreprises telles que Nike, Levi’s, Procter&Gamble, etc ont tout de suite décroché leur téléphone pour appeler Janine Benuys à la sortie de son livre en 1997, les principales applications industrielles du biomimétisme actuellement sur le marché se trouvent aujourd’hui dans les textiles ou peinture qui reproduisent par exemple les propriétés autonettoyantes de la fleur de lotus, celles de création de la couleur par la lumière à la manière du papillon ou encore les qualités adhérentes du geko.

 

Des applications concrètes à venir

 

En Allemagne, le concept est bien connu (voir article lié). Mais en France, mis à part dans un cercle d’associations ou d’entreprises initiées, nous en sommes encore à découvrir le principe. Il aura ainsi fallu 13 ans pour traduire le livre de Janine Benyus en français ! « Si cela a pris si longtemps, je crois que c’est en partie dû au fait qu’en France, nous avons des difficultés à raisonner de manière systémique », analyse Bruno Lhoste, directeur général d’Inddigo. Ce cabinet de consultants en développement durable et partenaire de l’édition française de « Biomimétisme » a en effet développé un outil de modélisation écosystémique des aménagements urbains mis en œuvre dans 4 écoquartiers : « nous travaillons sur celui-ci avec des élus mais cela n’a séduit qu’une entreprise ; Avenir Immobilier », souligne Bruno Lhoste.

 

En attendant que les premiers étudiants de la formation sur le biomimétisme -qui a été créée par l’Institut du biomimétisme-, ne sortent leurs propres innovations, les fondateurs du concept ont donc eux-mêmes retroussé leurs manches. Le cabinet Greenlop travaille en ce moment sur un projet de séquestration du carbone d’un genre nouveau (voir site lié). Le projet CO2solstock, financé par la Commission européenne, se base en effet sur la capacité qu’ont les bactéries à transformer du CO2 en calcaire. Il pourrait, à terme, permettre aux entreprises de séquestrer du carbone à partir de la photosynthèse des déchets organiques et ce à moindre coût. Dans le même esprit, pour fournir une alternative durable aux panneaux solaires qui demandent énormément d’énergie pour leur fabrication ainsi que du silicium, un métal rare, Janine Benyus et Paul Hawken (l’auteur du « Plan B ») travaillent à la création de panneaux solaires qui utilisent la technique de la photosynthèse. Encore à l’état de recherche, ce panneau semblable à une sorte de film fin issu de la chimie verte, n’utiliserait pas de produits toxiques, serait extrêmement bon marché et recyclable à 95%. Mais il faudra encore attendre un peu pour sa commercialisation…

 

*Biomimétisme, quand la nature inspire des innovations durables, Janine M.Benyus, Rue de l’Echiquier, collection initial(e)s DD, 2011, originalement paru sous le titre « Biomimicry: Innovation Inspired by Nature », 1997.

 

 Béatrice Héraud

 

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